Irmina, c’est une jeune Allemande qui débarque comme dactylo dans le brouillard de Londres en 1934.

Fonceuse, déterminée à se fondre dans la société anglaise pour en apprendre la langue, elle y fait la connaissance de Howard, un étudiant coloured qui lui fait découvrir le whisky, le bon whisky.
Très vite, ils ne peuvent se passer l’un de l’autre, échangeant sans fin leurs théories et connaissances littéraires, leur rejet du racisme et leur conception de la liberté.
L’avènement de l’Allemagne nazie va les toucher de plein fouet.

Sa nationalité suscitant méfiance et hostilité, en proie à de très grosses difficultés financières, malgré le soutien de Howard qui souhaite la voir rester à ses côtés, Irmina perd pied.

Elle se résigne alors à rentrer à Stuttgart, s’engage dans une vie de femme, épouse et mère, immergée dans le régime nazi. Elle contribue au développement de la barbarie, détourne les yeux devant l’ignominie, accepte l’inacceptable…

Barbara Yelin, ce roman graphique est magnifique (le trait, les teintes, les doubles pages !) et formidable, au sens premier, à savoir qu’il vous prend et vous retourne par les questions anxiogènes qu’il suscite : quel(s) choix avait-elle vraiment, comment nous serions-nous comportés à sa place ?,… (Lire absolument la postface très riche en explications historiques et sociologiques. )
La dernière page montre cette femme bien vieillie – on est dans les années 80 - rentrant dans son pays après un voyage « dans les îles » invitée par son amour de jeunesse, vêtue d’un manteau et chaussée de tongs : l’image d'un compromis, l'image d'un incommensurable échec.